dimanche 7 novembre 2010

Guillaume chez les Soviets, tome 8

C'est un gros obus, ça, madame.

Quelques malheureux flocons sales et mouillés s'écrasent paresseusement sur le gazon crispé par le froid. Ému par ce spectacle, je réalise qu'il y a déjà un bon moment que je revenu au Québec avec l'automne dans mes bagages. Il est plus que temps que je présente sur ce blogue mes dernières rubriques concoctées en Russie, avant que les photos ne jaunissent dans mon disque dur. Voici donc le huitième tome de Guillaume chez les soviets, la "saga nordique qui borsche votre quotidien"™.

Rubrique 25: la démocratie en Russie
Certes, voilà un sujet bien peu original. La démocratie russe fait régulièrement la une de la page "Monde" de votre journal préféré, grâce auquel vous aurez déjà appris que Poutine est un méchant et que Medvedev est une marionnette. Je n'ai pas la prétention de corriger le contenu d'une si fine analyse, mais je souhaiterais enrichir la compréhension du phénomène à l'aide d'une analogie à la fois riche en enseignement et en poésie. Je précise que cette analogie est inspirée d'une histoire vécue sur le terrain, avec de vrais Russes consentants. Que du vrai, de l'expérience brute.
Alors que je déambule en septembre dernier sur la perspective Nevsky, à Saint-Pétersbourg, mon regard est attiré par un panneau publicitaire plutôt énigmatique. On y fait la promotion d'un certain "Musée de l'instauration de la démocratie", dont je n'ai jamais entendu parler. Vous me connaissez, je suis plus imperméable à la publicité qu'un sourd-muet-aveugle, myope de surcroît, mais là je me suis dit que ça avait un peu trop de lien avec mon sujet de mémoire pour que je puisse passer outre sans souffrir par la suite d'élancements douloureux dans la région de la conscience. Je décide donc d'aller faire un petit tour. Premier étonnement: le musée est situé dans un bâtiment qui appartient à l'administration présidentielle. Décidément, une odeur d'objectivité scientifique plane déjà dans l'air. Deuxième étonnement: une fois entré, pas de trace de musée. Il n'y a qu'un grand escalier au sommet duquel trône un gardien de sécurité, protégé de l'agressivité du monde par un gros bureau. Alors que j'entreprends de gravir l'obstacle, le zélé fonctionnaire me hèle et m'informe sans tendresse aucune que 1) il est interdit de monter dans l'escalier, 2) le musée est fermé, et 3) le musée n'ouvre que les jours de semaine, entre 11h00 et 15h00. Piteux, j'enlève mes sales pattes des marches et me retire avec tact en méditant la ressemblance entre les heures d'ouverture du musée et celle de ma banque préférée.
Je retourne au musée une semaine plus tard. Comme c'est un mardi et qu'il est 13h00, je me félicite, en toute humilité, d'avoir enfin rassemblé les conditions gagnantes. Toutefois, lorsque j'aboutis au terme d'une vertigineuse ascension au bureau du digne gardien, je réalise que de musée il n'y a toujours aucune trace en vue. Je ne vois rien que la poussière qui poudroie et le gardien qui verdoie, comme dirait ma soeur Anne. Quand finalement je m'enquiers de cette absence auprès du brave homme qui balaie l'escalier de son regard de faucon, celui-ci compose un numéro sur le téléphone qui occupe un coin stratégique de son bureau et, alors que la sonnerie commence déjà à retentir à l'autre bout du fil, il me dépose le combiné dans les mains. Quelque peu désemparé, j'approche timidement l'instrument de mon oreille, que vient bientôt caresser une une voix mélodieuse :
-Ouais?
-Euh, bonjour, j'aimerais visiter le musée.
-C'est fermé.
-Comment, aujourd'hui ce n'est pas ouvert? On m'a dit que...
-Non, c'est fermé aujourd'hui.
-Ah bon, merci.
Je raccroche et annonce la nouvelle au gardien du téléphone.
-Oui, dit-il, ce n'est ouvert que les jours de semaine, de 11h00 à 15h00.
-Je sais, mais on est mardi et il est 13h00.
-Ah. (Pause) Ben revenez une autre fois.
C'est sur cette note mystérieuse que s'achève mon récit.

Conclusion de la parabole:
Je n'ai jamais vu le musée de la démocratie. Mais je crois fermement avoir davantage appris en tentant d'y entrer. En effet, cette expérience m'a inspiré l'analogie suivante, que vous me feriez grand plaisir en la méditant un instant:
La démocratie existe bel et bien en Russie. Cependant, est elle est ouverte uniquement les jours de semaine , de 11h00 à 15h00, et quand on veut vraiment la voir, elle est fermée ce jour-là. J'ajouterais que seuls les étrangers cherchent à la trouver, car les Russes sont convaincus qu'il n'y a rien à voir.


Le jour du savoir
Rubrique 26: le jour du savoir
Le 1er septembre, jour de la rentrée scolaire, est un événement très important en Russie. Ce n'est pas seulement le jour d'école qui s'adonne à être le premier, c'est le (roulement de tambours) Jour du savoir. L'événement se mérite à chaque année un message télévisé du président, des milliers de panneaux promotionnels répandus à travers la ville pour mettre les gens dans l'ambiance (voir photos) et, surtout, des célébrations dans chaque institution scolaire. Pour capturer l'atmosphère exceptionnelle de cette journée, je me suis adroitement introduit dans la fête organisée par une école primaire. Les photos suivantes donnent une certaine idée de l'événement.

Arrivée du matériel

La fête a lieu dans la cour intérieure de l'école

La fanfare


Le discours de l'apparatchik local
Les fleurs, c'est pour les profs.

Le photographe officiel

Encore une pub pour le jour du savoir.
Troublant.

Rubrique 27: je bois
Tentative d'investigation socio-culturelle.
L'étranger sera quelque peu surpris de se faire demander par des Russes s'il boit ou non. Il est intéressant de se pencher sur la signification de cette question, car elle repose sur des références implicites qui nous révèlent certains aspects de la vie en Russie. Tout d'abord, il faut préciser, au cas où ce n'était pas clair, qu'il est implicitement question d'alcool. Notez déjà que l'évidence présumée de cette référence donne une bonne indication de l'importance de ce sujet dans la vie quotidienne russe. Mais surtout, l'étranger se surprend lui-même à hésiter à répondre catégoriquement par la positive. Certes, il consomme de l'alcool, mais il sent vaguement que l'affirmation "Oui, je bois" implique davantage que cela: passerait-il pour un alcoolique? À l'inverse, répondre par la négative serait faux, car cela impliquerait l'abstinence. Quelle est la source de notre embarras face à cette question et que signifie-t-elle pour les Russes?
À mon avis, la signification de cette question s'éclaire lorsqu'on la compare à une question similaire dans notre propre culture : "Est-ce que tu fumes?". Bien que la consommation de cigarettes et autres bouts de cigare varie énormément d'une personne à l'autre, on remarquera qu'il est de rigueur chez nous de diviser les gens en deux catégories clairement définies: les fumeurs et les non-fumeurs. Cette division s'explique selon moi par le fait que la cigarette est liée à un stigmate social: elle fait l'objet d'une réprobation quasi-universelle, que ne contestent d'ailleurs pas ceux qui la consomment. Par conséquent, la division "fume/fume pas" indique que l'enjeu ne réside pas dans la quantité grillée, mais dans l'acte même de consommer le produit honni. D'un côté, ceux qui en prennent et, de l'autre, ceux qui n'en prennent pas. L'alcool, pour des raisons historiques, ne porte pas chez nous le même stigmate. Par conséquent, l'acte de consommer n'est pas en soi répréhensible et c'est selon le critère de la quantité que l'on classifie les buveurs: ne bois pas, boit un peu, boit souvent et alcoolo. La division "boit/boit pas" ne trouve pas de référence dans notre culture et, pour cette raison, nous paraît étrange. En Russie, l'acoolisme est l'un des problèmes sociaux les plus importants et assurément le plus profondément inscrit dans les esprits. De la même façon que l'acte de fumer chez nous, c'est l'acte même de boire qui y est connoté négativement, car il reste étroitement lié à une potentielle déchéance dans l'alcoolisme. Pour les Russes, il y a donc ceux qui boivent et ceux qui ne boivent pas. Ainsi, il n'est pas rare de voir apparaître dans les films soviétiques des héros qui se revendiquent fièrement de leur sobriété. Nombreux sont les cosmonautes, militaires, athlètes, komsomols (jeunesse communiste) et autres modèles qui affirment fièrement à la caméra: "Je ne bois pas".

Non!
À défaut de pouvoir s'appuyer sur des statistiques, il est difficile de mesurer si cette propagande a vraiment un écho dans la population et si l'on trouve plus de gens qui ne boivent pas en Russie que chez nous, mais il est certain que cette catégorie est socialement plus importante, au sens où elle signifie davantage. À preuve, une personne qui chez nous s'abstient de boire doit souvent longuement justifier son geste, qui paraît incompréhensible à la majorité, si ce n'est pour des raisons médicales. En Russie, cette abstention ne nécessite aucune justification: tous savent quel est le mal qu'elle cherche à éviter.
Pour finir, voici une anecdote qui illustre la manière par laquelle les Russes eux-mêmes peuvent rire de ce stigmate social sur l'alcool. J'ai un jour vu dans le métro une publicité où l'on voyait une femme déclarant tout sourire: "Mon mari boit et je suis contente!". C'était une publicité de filtres à eau. Je vous laisse apprécier l'humour riche en sous-entendus.


Petit jeu d'observation
Un élément cloche sur ce panneau qui indique le nom d'un canal au centre-ville,
saurez-vous le trouver?

Sur ces considérations ludiques se conclut le huitième tome de Guillaume chez les Soviets, "le caviar des sagas nordiques"™. Allez en paix.

Poka!

jeudi 26 août 2010

Guillaume chez les Soviets, tome 7


Priviet à tous!
Comme le saumon frétillant qui remonte le courant pour retrouver ses vases natales, ce blog retourne aujourd’hui à ses sources : la saga nordique Guillaume chez les Soviets©, celle qui fournit 75% de la portion quotidienne de russe recommandée, est de retour pour un septième tome! Trois ans et des poussières après mon déchirant départ de Russie, me voici en effet de nouveau à Saint-Pétersbourg.

Le contexte est cependant bien différent. D’abord, ma vaste expérience de la vie m’a fait perdre ce tendre et naïf regard d’enfant que je posais sur toute chose lors de ma première venue (voir tomes 1 à 6). Ensuite, le temps n’est plus à l’étude du russe et au tourisme à temps perdu. Non, désormais, comme dirait dans Le petit prince le Monsieur-cramoisi-qui-est-en-fait-un-champignon : je suis un homme sérieux! Sans entrer dans les détails de mes occupations, disons que je ramasse des matériaux pour la rédaction de mon mémoire de maîtrise. Cela implique de rester enfermé longtemps dans sa chambre pour travailler et de profiter des rares occasions d’en sortir... pour aller s’enfermer à la bibliothèque. Activités peu trépidantes en apparence, mais qui s’avèrent tout de même pleines de péripéties lorsqu’elles se déroulent en Russie, ce pourquoi j’y consacre les deux prochaines rubriques.


Rubrique 22 : Le logement communautaire, tel que vécu de l’intérieur
Grâce à mes contacts haut placés, j’ai réussi à me dénicher assez rapidement une chambre, où j’ai installé mes quartiers généraux. Dans son genre, c’est tout-à-fait douillet : le divan qui sert de lit est un peu ferme, mais assez spacieux pour accommoder moi et tous mes coudes. C’est aussi très gai : tous les murs sans exception sont couverts du même formidable papier peint où l’on voit reproduits à l’infini Bambi et son ami le petit lapin, qui gambadent dans les prés, s’abreuvent dans une mare et discutent de quelque sujet apparemment bien rigolo. J’en ai déduit qu'il s'agissait soit une chambre d’enfant au début des années 90, soit celle d’un écologiste sentimental. Dans le premier cas, je me fais du souci pour la santé mentale du bambin qui s’est endormi chaque soir en contemplant l’immense sourire de Bambi, qui prend la nuit des airs inquiétants, et qui semble faire des propositions sadiques à son pauvre petit ami le lapin. Ceci dit, je reste personnellement très serein par rapport à ce spectacle. Et de toutes façons je me couche toujours avant qu’il fasse noir, au cas-où.


La chambre aux bambis est elle-même située dans une kommounalka, un type de logement typiquement soviétique qui mérite que je m’y attarde. Comme son nom l’indique de manière tout à fait transparente, la kommounalka est un logement communautaire, c’est-à-dire un appartement qui est partagé par plusieurs ménages (ménage au sens sociologique. Ainsi, j’ai l’honneur de représenter en ce moment un ménage à moi tout seul). Chaque ménage possède sa chambre privée, dotée d’une serrure, et doit partager la cuisine, la salle de bain et la toilette. En général, la kommounalka résulte de la fragmentation à l’initiative du pouvoir soviétique d’un logement plus vaste ayant appartenu à une riche famille, ce qui explique sa plus grande proportion à Saint-Pétersbourg, où vivait la cour à l’époque tsariste. Ironiquement, l’on observe aujourd’hui la tendance inverse. De riches investisseurs achètent les kommounalkas, souvent bien situées au centre-ville, et fusionnent les pièces pour en faire de grands appartements de luxe qu’il revendent ou louent aux étrangers. Mais la plupart des kommounalkas sont toujours là et conservent toute la fraîcheur de leur passé soviétique. Dans ma kommounalka, le mobilier usé, le bain multicolore (enfin, toutes les couleurs entre le brun et le jaune) et le réfrigérateur biélorusse intuable, notamment, constituent autant de précieux artefacts de ce vaste patrimoine non-répertorié.

À part ça, la vie en kommounalka compte les mêmes types d’agréments que la colocation chez nous. À travers le mur de ma chambre, j’entend mes voisins se divorcer régulièrement, ce qui donne à chaque fois l’impression que Bambi est en train d’engueuler le petit lapin et de l’enjoindre cavalièrement de sacrer le camp pour ne plus jamais revenir. En d’autres occasions, c’est le petit lapin qui, sans abandonner son pimpant sourire, pousse des cris hystériques et envoie vigoureusement promener Bambi. Dans l’ensemble, pourtant, il semble que les deux joyeux comparses ne se formalisent pas outre mesure de ces débordements émotifs, puisqu’ils sont toujours au rendez-vous le lendemain pour quelque discussion animée autour d’une petite mare ou d’une touffe d’herbe. Par ailleurs, la vie animale dans l’appartement est aussi enrichie par la présence d’un chat, un vrai, qui fait ses besoins partout, qui travaille sans relâche à réduire en lambeaux le papier peint du corridor et qui est très affectueux. Le chat s’appelle Djoulietta, mais je lui ai moi-même trouvé un nom plus approprié qu’il ne serait toutefois pas convenable de mentionner ici.

J’aillais oublier de préciser : pendant deux semaines à la fin juillet, ils ont coupé l’eau chaude. « Ils », c’est la municipalité, car les appartements ne sont pas dotés d’un chauffe-eau indépendant. Il semble que toute cette belle chaleur rayonne à partir des stations de pompage installées dans chaque quartier. Or, ces stations ont besoin d’être nettoyées et il semble que deux semaines soit un délai minimal pour curer les tuyaux et astiquer les robinets. Et on m’a même dit : tu as de la chance, ailleurs c’est trois semaines. Chouette. Alors voilà, pendant deux semaines juste de l’eau glacée. Je dois dire que la première douche est surprenante. La deuxième aussi, d’ailleurs. Puis on s’habitue et on apprend à se laver en prenant des pauses, pour laisser son cuir chevelu dégeler entre les rinçages.

Le ciel est couvert.

Rubrique 23 : la bibliothèque
J’ai passé d’inoubliables journées dans la Bibliothèque nationale de Russie, noble institution qui tient à la fois de la forteresse assiégée et de la Maison-qui-rend-fou dans Les douze travaux d’Astérix .
Pour présenter de manière plus intéressantes mes aventures dans les dédales administratifs de ce haut lieu du savoir, j’ai pensé en faire un court « récit dont vous êtes le héros ». Vous pourrez donc vous-mêmes vous immerger dans l’ambiance magique de l’endroit. C’est une approche que je veux interactive, post-moderne, socio-constructiviste et à cent pour cent en accord avec les objectifs de la réforme scolaire basée sur les compétences transversales.

1.
Vous voilà, faible créature mortelle, au pied de l’immense édifice de la Bibliothèque nationale de Russie. Là, vous apprenez que l’on ne pénètre ce domaine qu’à la condition d’y être dûment inscrit. Si vous avez justement dans votre inventaire votre passeport et la lettre d’une institution justifiant votre présence impie en ce lieu sacré, passez à l’étape 2. Sinon, débrouillez-vous pour vous les procurer et passez à l’étape 2.
2.
Vous êtes inscrit et vous avez votre « carte de lecteur », où apparaissent votre nom en russe et une photo où vous n’êtes vraiment pas à votre avantage. Vous pouvez donc, en principe, passer le détecteur de métal et les tourniquets qui sont gardés par une gentille madame. Celle-ci vous tend un mystérieux papier tout mince et vous fait comprendre que votre vie dépend de sa conservation. Terrorisé, vous rangez soigneusement le petit papier. Si vous avez un ordinateur avec vous, allez à l’étape 3, sinon, allez à l’étape 4.
3.
Cet appareil pourrait comporter de grands dangers pour la bibliothèque, c’est pourquoi il est minutieusement examiné par la responsable, qui tamponne votre petit papier en signe d’approbation et vous suggère d’y porter le plus grand soin (au papier, pas à l’ordi). Sans vraiment comprendre, passez à l’étape 4.
4.
Victoire, vous êtes entrés! Vous découvrez cependant que vous n’avez pas accès aux livres. Dans chaque salle, tous les rayons sont protégés par un comptoir gardé par deux bibliothécaires armées jusqu’aux dents. Si vous tentez de chercher dans le catalogue, allez à l’étape 5. Si vous demandez l’aide d'une bibliothécaire, allez à l’étape 6.
5.
Vous cherchez le catalogue, jusqu’au moment où on vous apprend qu’il est enfermé dans ce gros meuble en bois doté d’une multitude de tiroirs. Vous parcourez les fiches écrites à la main et, évidemment, vous ne trouvez pas le livre que vous cherchez. Vous riez tout de même un peu en voyant que la classification n’a apparemment pas été renouvelée depuis les beaux jours du socialisme rayonnant. Dans le classement par sujets, la période 1887-1915 est qualifiée de « période de lutte pour le renversement de la domination des exploiteurs et l’instauration de la dictature du prolétariat », alors que la période 1938-1941 est qualifiée de « période de consolidation et de développement de la société socialiste et de renforcement de la défense du pays », ce qui est d’autant plus ironique que c’est à ce moment que Staline a mené des purges si profondes dans l’état-major que l’Union soviétique s’est retrouvé complètement dépourvue devant les forces allemandes. Enfin bref, cette recherche est divertissante, mais vaine. Vous décidez de vous adresser à la bibliothécaire, qui n’attend que ça. Passez à l’étape 6.
6.
Si la bibliothécaire trouve le livre sur les rayons, vous vous faites généreusement tamponner votre petit papier et on vous remet l’ouvrage en question en échange de la promesse solennelle de le ramener avant la fermeture, sous peine d’être changé en citrouille. En effet, aucun livre ne peut sortir de la bibliothèque. Allez à l’étape 7. Si le livre ne s’y trouve pas, vous vous faites quand même tamponner votre petit papier, puis on vous envoie au comptoir de référence, où l’on retamponne violemment votre petit papier, qui n’avait fait de mal à personne, et on vous promet l’ouvrage pour le lendemain. « Et surtout, ne perdez pas le petit papier! » C’est bon, on avait compris. Allez quand même à l’étape 10.
7.
Vous avez en main l’ouvrage désiré, fruit de si nombreux efforts. Si vous voulez faire des photocopies, allez à l’étape 8. Si le feuilletage intensif du livre vous ouvre l’appétit, allez à l’étape 9. Et si vous décidez que c’est tout pour aujourd’hui, vous allez reporter le livre (et faire tamponner votre petit papier, bien sûr) et vous vous dirigez vers la sortie et l’étape 10.
8.
Si vous n’aviez pas accès aux livres, vous ne pensiez tout de même pas que vous alliez avoir accès aux photocopieuses? La salle des machines est protégée des sales pattes des usagers par un vilain mur dont la seule ouverture est un petit guichet où apparaît le visage peu souriant de la préposée. Vous écrivez le numéro des pages à photocopier et, hop, tout cela s’effectue par magie... au prix dérisoire de 21 cents la copie. Et si vous voulez faire des copies d’un journal, eh bien il faut absolument faire un scan, et c’est 3 dollars la page. En librairie, par comparaison, un livre de poche neuf de 300 pages coûte 5-6 dollars. Si vous n’avez pas fait faillite, vous pouvez passer à l’étape 10.
9.
Voilà bien le seul avantage de cette bibliothèque : une cafétéria pas chère à l’intérieur même de l’édifice. On y mange bien pour le prix de 25 pages de photocopie. Et on n’y exige même pas de voir votre petit papier. Une fois rassasié, passez à l’étape 10.
10.
Vous vous apprêtez à sortir de la bibliothèque. Vous devez montrer le contenu de votre sac à une gardienne en uniforme. Si vous avez un livre vous appartenant, allez à l’étape 11. Sinon, vous rendez votre petit papier impitoyablement tamponné par toutes les bibliothécaires de l’édifice et passez à l’étape 12. Vous avez perdu le petit papier? Priez et allez à l’étape 13.
11.
Vous vous faites copieusement engueuler : « Il est formellement interdit d’apporter un livre dans la bibliothèque! ». Comment n’y aviez-vous pas pensé? Si les gens commençaient à apporter des livres, cela soulèverait l’immense problème d’avoir à les différencier de ceux de la collection (maglré que ceux-ci soient identifiés). Ben voyons! Passez piteusement à l’étape 12.
12.
Vous êtes sorti vivant de la bibliothèque : bravo! Vous gagnez dix points d’expérience, de même que la compétence « Sens de l’orientation dans une bibliothèque russe », que vous pouvez inscrire dans votre curriculum.
13.
Vous avez perdu le petit papier? Vous avez perdu l’amulette qui vous permettait d’apprivoiser le dieu bureaucrate aux cent bras et aux milles tampons? Vous périssez immédiatement dans d’atroces souffrances, vous ne passez pas Go et vous ne pouvez même pas retourner à l’étape 1. En fait, j’imagine que c’est ça qui se produit. Je ne suis pas étourdi au point d'avoir laissé cela arriver.

Le lendemain, quand on y retourne, c’est déjà moins surprenant. En fait, c’est comme la douche froide, on finit par s’habituer.

Entracte photographique.
Pour vous montrer que je ne fais qu’étudier, voici quelques photos prises lors de petits tours en ville.

Un petit accident


Cour intérieure.

Je suis particulièrement fier de celle-ci. Elle a été prise quand je suis allé faire du camping avec des amis. Étudiez la composition d'ensemble. Et non, ce n’est pas moi en bobettes, ou alors comment voulez-vous que je prenne la photo? D'ailleurs, je suis beaucoup plus svelte.

Rubrique 24 : Winnie l’ourson
J’ai récemment découvert la version soviétique de Winnie l’ourson, qui précède de presque dix ans celle de Disney. C’est tout à fait génial. Les dialogues sont brillants, les chansons sont drôles, les voix sont mémorables et Winnie est pour le moins cynique. Malheureusement, il n’y a que trois épisodes.
Voici les liens (avec sous-titres en anglais, bien sûr) :
Premier épisode, « Dans lequel nous faisons la connaissance de Winni Puh et de quelques méfiantes abeilles » :
http://www.youtube.com/watch?v=HcIiwmclfvw

Deuxième épisode, « Dans lequel Winni Puh va en visite et se retrouve dans une situation sans issue » :
http://www.youtube.com/watch?v=qam9JBk5Oig&feature=related

Troisième épisode : « Dans lequel Ia-Ia célèbre son anniversaire et reçoit immédiatement trois cadeaux très utiles » : première partie et seconde partie
http://www.youtube.com/watch?v=73uIn56G1YE&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=FtVVRuy1T9c&feature=related

À côté de cela, le Winnie américain a vraiment l’air d’un imbécile heureux.


Jeu
Et pour conclure sur une note ludique: trouvez l'intrus dans la photo et dans le vidéo qui suivent. Les deux ont été pris sur la place au foin, la principale place commerciale de Saint-Pétersbourg.



video

Bon, c’est tout pour aujourd’hui. Je vous invite à me donner de vos nouvelles et à laisser des commentaires. Je vous encourage aussi à me suggérer des sujets de rubriques pour le prochain tome. Sur ce, je vous salue et retourne à mes bambis.

STOP

lundi 29 juin 2009

Guillaume chez les sombreros, tome 1


¡Hola amigos! ¿Cómo están?

A lire la ligne qui précède, nombreux sont sans doute ceux qui se demandent comment je suis parvenu a un niveau d’espagnol si élevé. Disons le tout de go, je n’ai aucun mérite. Il s’agit simplement de l’effet conjugué de ma présence au Mexique depuis un mois et du refus borné des gens à collaborer le moindrement pour parler russe avec moi. Sous l’impitoyable soleil des tropiques, mon espagnol s’est donc liquéfié jusqu’a devenir plutôt fluide, bien que des grumeaux de russe, de français et de mots inventes subsistent encore. Par ailleurs, je tiens à préciser tout de suite, que ce message est certifie « Sans grippe porcine », de même que les photos qui l’accompagnent et le site internet qui l’abrite. Vous pouvez donc continuer la lecture en toute tranquillité d’esprit et retirer ce masque qui vous donne un air de figurant dans un film-catastrophe. Contrairement a ce que ma mère m’avait garanti, ma tendre moitie et moi n’avons pas passe notre voyage en quarantaine, mais bien en milles lieux exotiques aux noms imprononçables, a sucer des popcycles au jus de lime et des suçons au melon d’eau enrobes de chile. Ce fut un voyage riche en découvertes, tout particulièrement grâce aux gens que nous avons rencontres qui ont eu la générosité de nous montrer des coins méconnus. Ils nous ont aussi appris des trucs utiles, comme la technique pour manger des tacos sans avoir l’air d’un touriste, ainsi que des exercices de prononciation qui défient toutes les lois de la physique buccale (voir plus bas). Au terme de toutes ces aventures, Geneviève est rentrée au Québec, chargée de souvenirs, et je suis venu m’installer a Guanajuato, ou je suis actuellement et ou je resterai jusqu'à la fin d’aout pour liquéfier mon espagnol encore davantage.

La vue a partir de ma chambre, dans mon appart a Guanajuato

Rubrique 1 : La grippe porcine

Évidemment, on ne peut parler du Mexique ces temps-ci sans toucher un mot de la pandémie qui ravage supposément le pays, semant sur son passage mort, désolation et mouchoirs usages. A ce sujet, je tiens à dire… qu’il n’y a rien à dire. Non seulement aucun cadavre ne jonche les rues, mais il n’y a pas la moindre trace d’inquiétude chez les Mexicains, pas même d’une légère panique générale. Les gens vont et viennent dans les lieux publics sans se soucier aucunement d’une potentielle contamination. En fait, nous avons observe plus de personnes portant des supports en mousses pour le cou (!) que de personnes portant le fameux masque du petit chirurgien qui a tant défrayé la manchette chez nous (ce qui me porte a croire que l’épidémie de grippe porcine cache en fait une épidémie de torticolis, beaucoup plus grave). L’enquête maison que j’ai menée indique qu’aucun Mexicain ne connait qui que ce soit qui ait contracte le malicieux H1N1, qu’une bonne majorité de la population pense que l’épidémie est en fait le fruit d’une conspiration politique visant a distraire de la corruption du gouvernement, alors qu’une certaine minorité pense que les événements ont été exagérés par mesure de prudence, de même que pour distraire de la corruption du gouvernement (résultats valides avec une marge d’erreur de 3%, 1 fois sur 20). Conclusion, la grippe porcine n’est au Mexique ni une menace, ni même une préoccupation. Un autre mythe pulvérisé par le bras vengeur de la vérité!

Ah, j’allais oublier de mentionner que, de retour au Québec, Geneviève, la mascotte de ce blog, a inopinément réalisé qu’elle avait attrape la grippe porcine. Je le souligne : ce n’est pas une blague. Elle a été diagnostique à l’hôpital et tout le tralala. Si vous voulez lui apporter des oranges, ce serait bien gentil, mais vous devrez les lui lancer sur le balcon, car elle est en ce moment en quarantaine dans notre appartement et elle ne doit pas entrer en contact avec personne sous aucun prétexte. Faites vite cependant, car elle sera sur pied dans quelques jours.


Pour vous aider a vous remettre de cette nouvelle, quelques photos.

Patzcuaro


Guanajuato


Palenque


Monte Alban (remarquez le petit lezard, strategiquement place)


Mexico


Oaxaca


En chemin vers l'ile de Janitzio, puis l'ile, en personne


Rubrique 2 : les topes

Le tope (prononcer topé), chez nous, porte le nom charmant de dos d’âne, soit une protubérance de la chaussée visant à forcer les voitures à réduire leur vitesse. Je reconnais que la chose en elle-même n’est pas vraiment fascinante, ni même jolie ou agréable au gout, mais il est intéressant d’observer de quelle manière elle est utilisée au Mexique. Constatant que les Mexicains n’ont qu’une faible tendance à respecter les limites de vitesse et qu’il y a rarement des policiers disponibles pour les rappeler gentiment a l’ordre, le bon génie mexicain de la sécurité au volant, ce coquin fripon, a parsemé les routes du pays d’innombrables topes. Il ne faut donc pas s’étonner de rencontrer ces charmantes bestioles aussi bien sur les petites que sur les grandes routes, en ville comme a la campagne. Plutôt rares sur les autoroutes, les topes foisonnent dans les villages, ou on en trouve a tous les 100 mètres, ce qui donne a la conduite un caractère quelque peu saccadé.

Injustement ignore par les guides touristiques, le tope peut, a mon avis, être considéré comme une œuvre d’artisanat local, a l’instar des maracas, des hamacs et de cette magnifique tasse I♥Cancun qui trône dans le fond de votre armoire de cuisine. Selon les régions, le climat et l’humeur des élus locaux, on trouve des topes de toutes les formes et des toutes les couleurs de l’arc-en-ciel :
- des gros
- des petits
- des géants
- en béton
- en asphalte
- en métal (prennent alors la formes d’une série de demi-sphères, ce sont les plus terribles)
- des tout noirs
- des rayes jaunes
- des convexes
- des concaves
- des concaves, puis convexes (je vous ferai un dessin)
- et vice-versa
Sans mentionner que certains sont affiches, d’autres non, et que d’autres encore sont affiches mais n’existent pas. J’imagine que le tope fantôme est le plus rentable pour la municipalité : même effet, mais beaucoup moins cher question matériel et main d’œuvre.


Maintenant, quelque photos de la vie au Mexique




Ah! Qui peut arreter l'amour?


Rubrique 3 : la lucha libre
Quoi de mieux pour aider à digérer un bon taco brulant que de contempler des montagnes de muscles masquées se défouler dans un grand festin de violence simulée? Aller regarder de la lucha libre, soit la version mexicaine des spectacles de lutte amateur, constitue l’un des meilleurs moyens pour le prolétaire de satisfaire ses pulsions violentes sans déchirer son linge ou menacer la paix sociale. Mon premier contact avec le phénomène remonte à mon séjour dans Mission à San Francisco, ou je découvre les fameux masques de lutteurs multicolores (voir la première photo de Guillaume chez les surfeurs, tome 2), mais ce n’est qu’a Mexico que j’assiste à mon premier match. La lucha libre est un spectacle très ritualise et, par conséquent, plutôt répétitif. Il comprend une série de combats, en commençant par l’affrontement de pauvres cloches et en finissant par les têtes d’affiches. Chacun de ces combats commence de la même façon : une dizaine de pitounes (blanches) en bikini viennent se trémousser sur la passerelle qui mène au ring en faisant des clins d’œil coquins a la camera, qui ne se gène pas pour écraser sa lentille sur leurs glandes mammaires. Le tout est projeté dans toute son ampleur sur le grand écran qui surplombe le ring. Puis, chacun des protagonistes du combat apparait dans un nuage de boucane artificielle. Devant la camera et surtout la foule qui s’époumone, le lutteur fait saillir sa musculature et pousse des rugissements virils à faire pâmer un gorille. Il s’avance ensuite jusqu’au ring, grimpe sur les cordes et fait de grands hourras avec ses bras, invitant la foule à l’acclamer, ce qu’elle fait avec entrain lorsqu’il s’agit d’un « gentil » et avec plus de réticence pour un « méchant ». En effet, chaque combat met en scène l’affrontement d’un nombre égal de « gentils », généralement vêtus de blanc et portant des noms tels que Santo ou Mystico, et de « méchants », vêtus de noir et répondant a de doux noms tels que Mefisto.

Le programme de la soiree


Le combat, bien sur, n’en est pas vraiment un. Tous les coups sont simules, avec plus ou moins de réalisme. Certains sont assez bien faits, comme les grands sauts du haut du ring sur un lutteur déjà hors-ring, avec débordements sur les spectateurs des premières rangées, qui bondissent pour ne pas recevoir 300 livres de muscles masques sur les genoux. D’autres coups font franchement calinours, comme les coups de poing qui sonnent, ont l’air et sont des tapettes sur la poitrine. Mais le tout dégage la bonne testostérone en sante et s’apparente, dans son excès, a un spectacle burlesque muet, avec ses quiproquos (« saperlipopette, j’ai tape mon copain par erreur »), ses surprises prévisibles (« pendant que tu triomphais devant la foule, je te botte le derrière hors du ring ») et ses mimiques exagérées (« Je suis le roi du monde !» ou a l’inverse « J’ai perdu mais je me vengerai! »). Le tout ponctue de quelques pin-up qui viennent marquer la fin de chaque round en se déhanchant avec générosité et qui se font siffler par le stade au complet. On sort rassasie de tant d’énergie et, surtout, heureux : voila bien le seul endroit ou les « gentils » gagnent toujours!


A la demande generale, encore des photos

Morelia



San Miguel de Allende


Mexico

Rubrique 4 : la Saint-Jean

Le 24 juin nous sommes à Uruapan, ou nous visitons une amie de Geneviève. Quelle n’est pas notre surprise d’apprendre qu’une fête populaire est organisée pour la Saint-Jean dans l’un des quartiers de la ville. Transportes par une légitime frénésie patriotique, nous nous y précipitons. Ce qui nous y attendait n’a rien à voir avec les célébrations du parc Maisonneuve. La fête, ici, n’occupe qu’une petite rue, mais la foule y est très dense. Sous la lumière des ampoules disposées pour l’occasion, une marée humaine se meut lentement autour de quelques kiosques de chips, churros et barbes à papa géantes. Le mouvement est difficile et l’on peut compter les cotes de son voisin avec ses coudes, mais le sourire est aux lèvres de chacun. L’ambiance rappelle celle d’une foire. La présence de kiosques de jeux y contribue. Soudainement, tous les yeux se lèvent. Le castillo de fuego commence son spectacle pétaradant. Le château de feu est une grosse structure métallique bourrée de feu d’artifice. Un après l’autre, les feux sont allumes et brulent en tournant sur la structure. L’effet est joli, mais surtout très impressionnant, car le tout se déroule a seulement dix mètres des gens masses a sa base. Plus le castillo de fuego s’embrase, et plus la fumée envahit la foule et fait pleuvoir les étincelles, créant un spectacle d’une rare intensité. Les gens s’excitent et s’effraient parfois lorsque les gouttes de feu tombent trop près, mais ne peuvent quitter des yeux le grand squelette illumine. Au terme d’une orgie pyrotechnique, le spectacle culmine finalement en une apothéose de fumée, de bruit et de lumière, alors que la couronne du castillo s’enflamme et s’envole en tournant dans les airs. On la voit retomber, toujours en feu, un peu plus loin dans le quartier… La foule pousse un grand aaaaah… et soudain sursaute : des feux d’artifice éclatent maintenant directement au-dessus de nos têtes. Immenses. Magnifiques. Il pleut de la lumière. Alors qu’un rideau de fumée tombe (littéralement) sur la fête et que la foule se disperse lentement, je me dis qu’il y a quelque chose de spontané et de chaotiquement joyeux dans cette fête populaire que j’ai rarement vu au Québec, ou tout est plus organise et plus sécuritaire. Certes, un duo Éric Lapointe – Marie-Chantal Toupin sur la scène du parc Maisonneuve produit de belles étincelles, mais ce ne sont pas de celles qui brulent vraiment.

Le castillo de fuego. La photo n'en donne qu'une faible idee.


Rubrique 5 : exercice de prononciation

Voici un exercice de prononciation qui vous laissera les maxillaires pantois. Un suçon au melon d’eau enrobe de chili a celui qui parvient à le dire sans erreur ni hésitation.


El volcán de Parangaricutirimmicuaro

Se quiere desparangaricutirimizar

El que lo desparangaricutirimice

Sera un buen desparangaricutirimizador


Le volcan de Parangaricutirimicuaro existe vraiment. Nous l’avons escalade et, a vu de nez, il n’avait pas l’air de vouloir se desparangaricutirimiser.

Paysage de lave sechee aux environs du volcan de Parangaricutirimicuaro

Sur ce, je vous souhaite un bon été. Mais n’oubliez pas, il s’agit d’une saison pleine de dangers : ne plongez pas dans le pas-creux et léchez votre crème glacée de façon stratégique, sinon gare aux taches!


On se revoit en aout. Je serai le gars avec le masque de chirurgien, le bronzage de touriste et le T-shirt « Born to be Wild Guanajuato »


A plus, bande de vous-autres!


P.S. Merci a Ge, a qui revient la moitie des credits photographiques. En passant, vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir.

P.P.S. Le deficit d'accentuation de cette chronique reflete celui des claviers que j'utilise.

Touche par la grace

jeudi 7 mai 2009

Guillaume chez les Surfeurs, tome 3

Une méduse de l'aquarium de Monterey

Bonjour groupe!

Alors, les copainges, ça boume? Pouvez-vous croire que nous sommes déjà en mai? Moi, en tout cas, quand je l’ai réalisé, ça m’a fait un choc. Pensez, hier encore, j’avais 23 ans, je caressais des projets de road trip pour mon Spring break et l'horizon scintillait de milles promesses! La Californie était pour moi comme un cahier Canada au premier cours des classes.... si vierge… si ligné… mais déjà si riche des découvertes à venir! Pourtant, aujourd’hui, alors qu’il ne reste que deux semaines à la session, me voilà bien obligé d’admettre que le cahier est barbouillé d’une couverture à l’autre et qu’il sera bientôt temps de le ranger dans un tiroir. Le temps, ce sale traître, a profité d’un moment de distraction de ma part pour filer par la fenêtre des toilettes du restaurant en me laissant l’addition. Les poches vides et le cœur gros, il me faut maintenant regarder vers la suite des choses. Ce faisant, j’ai connu certaines contrariétés. J’avais prévu, voyez-vous, voyager au Mexique avec Geneviève tout le mois de juin, puis poser mon sac en quelque ville et y étudier l’espagnol jusqu’à la fin août. Évidemment, il suffisait que nous achetions les billets d’avion pour que le masque sanitaire devienne la nouvelle grande mode au Mexique. Comme les politiques de remboursement des compagnies aériennes ont la souplesse et la flexibilité d’une poutre de béton armé, nous voici forcés de choisir entre le bain de microbes et la perte pure et simple des billets. La décision n’est pas encore prise, mais, qui sait, le prochain tome de cette saga pourrait bien s’appeler « Guillaume en quarantaine ». Auquel cas je suis certain qu’on ne se bousculerait pas pour me faire la bise à mon retour.

Ceci dit, je suis toujours à San Francisco pour l’instant. Il fait beau (enfin, selon mes critères, car selon une amie australienne, on gèle) et il y a toujours quelque chose d’intéressant à faire plutôt que d’étudier. Malgré cela, l’étude va bien aussi, car les professeurs sont désespérément généreux dans leur correction et j’obtiens des notes telles que je n’en avais pas eu depuis mes cours de morale au secondaire. Des nombreuses aventures qui sont le sel et le poivre sur les patates de mon quotidien, la plus mémorable est évidemment celle du Spring break.

Photos: quelques vues de San Francisco
Vue à partir de la Coit tower (pour une tour, peut-on trouver un nom plus explicitement freudien?). À droite, au fond, le Golden Gate Bridge

Mon quartier, vu de Bernal Heights. Malheureusement, j'ai mal cadré et ma maison est deux centimètres à l'extérieur du cadre.


Rubrique 8: le Spring break
Dès le départ, mes amis et moi décidâmes de profiter du Spring break pour faire un road trip sur la côte californienne. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agissait pas de se complaire dans le mode de vie hédonistique et spirituellement anémique (bronzer sur la plage, avoir des relations sexuelles ou les deux en même temps) dans lequel se perd la fringante jeunesse d’aujourd’hui, mais bien de compléter notre formation académique par un road trip… éducatif! (mais non crédité). Rien que du sérieux! Et nous n’avons pas perdu notre temps. Voici plusieurs des découvertes que nous avons faites lors de ce voyage :

1- louer un camping-car est beaucoup moins cher que de louer une voiture, car on s’évite les frais supplémentaires pour chaque conducteur de moins de 25 ans. En plus, on peut dormir, cuisiner, prendre sa douche et aller à la toilette sans quitter le véhicule. On peut aussi jouer au basket et au badminton, mais ce n’est pas conçu pour ça.

Le grand confort

2- un camping-car pour 6 personnes fait 29 pieds
3- un camping-car de 29 pieds, c’est long en titi. Un peu comme un paquebot, mais sans les cheminées.
Le paquebot

4- un camping-car de 29 pieds a des angles morts de cinq mètres de chaque côté.
5- quand un camping-car de 29 pieds avec des angles morts de cinq mètres de chaque côté veut changer de voie sur l’autoroute, il ne peut que s’élancer en comptant sur le pouvoir d’intimidation inhérent à son statut de véhicule de 6 tonnes. Le plus beau, c’est que ça marche.

Attention nous voilà!

6- pour faire la vidange septique du camping-car, il faut suivre une procédure très précise : ouvrir la valve noire, attendre que les grumeaux aient fini de couler, ouvrir la valve grise, laisse couler le jus moins grumeleux, fermer la valve grise, fermer la valve noire… Des heures de plaisir.

Mes amis et moi en train d'écouter le petit vidéo boboche sur la procédure de la vidange septique avant de louer le camping-car. Vraiment passionant.

7- découverte personnelle : même si on a un permis de conduire, annoncer à ses amis que l’on n’a pas conduit depuis cinq ans est le moyen le plus sûr d’être voté à l’unanimité inapte à conduire.
8- découverte personnelle : la pédale de gauche est celle pour freiner et celle de droite, pour accélérer. Étrangement, l’annonce enthousiaste de cette découverte de ma part au milieu du voyage n’a fait que confirmer mes collègues dans leur conviction que je ne devais conduire sous aucun prétexte.
9- on peut dormir sur l’un des lits du camping-car pendant que celui-ci est en mouvement, mais il faut être conscient que son sommeil dépend de la bonne volonté du conducteur, qui peut d’un coup de volant faire rouler le pauvre loir en bas du lit. Rire garanti.
10- lorsqu’on fait des randonnées sur le bord de la mer à Big Sur, il vaut mieux éviter de se cacher dans les buissons pour tenter de surprendre ses amis, car on pourrait se retrouver avec une tique, un charmant insecte qui suce le sang et dont la tête reste à l’intérieur de sa victime lorsqu’on s’énerve et qu’on arrache le corps. Tout va ensuite pour le mieux, à condition de rester zen par rapport à la présence d’une tête d’insecte dans son corps. Non, ce n’est pas à moi que c’est arrivé, je ne me cache pas dans les buissons.

Si on oublie les tiques, Big Sur est un coin magnifique.

11- Il est décidément très difficile de garer un camping-car en pleine ville. Occuper deux places de stationnement implique de payer deux parcomètres. Ça paraît évident, mais il fallait y penser.
12- Rouler en camping-car dans le traffic à Los Angeles, c’est comme faire du tricot avec des bâtons de baseball : c’est un peu encombrant.

Walk of Fame à Los Angeles

13- Le stationnement d’un Wal Mart est l’un des seuls endroits en ville (avec les épiceries 24/24 comme Safeway) où l’on peut passer gratuitement la nuit dans un camping-car. Essayer de passer la nuit ailleurs en ville, c’est risquer l’intervention de la police.
14- La nuit, le stationnement d’un Wal Mart peut sembler glauque aux premiers abords, mais on réalise bien ite qu’il s’agit en fait d’un immense terrain de jeu désert… avec des chariots d’épicerie à volonté. Il faut faire attention quand on joue avec ces petites bêtes, Elles ont des roulettes, voyez-vous.
15- Il est quelque peu inquiétant de réaliser après coup qu’il y a des caméras dans les stationnements de Wal Mart.
16- Heureusement, il semblerait que personne ne regarde ce que filment les caméras des stationnements de Wal Mart. Ou alors ceux qui les regardent sont vraiment très ouverts d’esprit.
17- On révèle immédiatement sa condition de touriste quand on est le seul sur la plage à se baigner sans wet-suit. Je veux dire, avec un maillot, mais sans wet-suit. Confirmé à Malibu, Venice beach et San Diego.
18- Santa Barbara est une ville très coquette où des oiseaux du paradis (c’est une fleur, pas une métaphore) poussent dans les plates bandes municipales et où les gens sont très tolérants. La plupart des habitants rencontrés ne se formalisaient pas qu’un touriste se promène avec un parapluie fleuri par une magnifique journée ensoleillée, ce qui fait bien plaisir au touriste en question, qui se dit que c’est la dernière fois qu’il joue à vérité/conséquence.

Santa Barbara. On ne voit pas le parapluie, car c'est moi qui prend la photo.

19- C’est chouette d’avoir un nom d’équipe. Mais quand le nom est aussi long que Happy Evil Sailors of the Fellowship of the Flying Dutchman from the Safeway Parking Lot Which Is Most Likely a Wal Mart Parking Lot, c’est difficile à scander.

Que de connaissances! En fait, nous avons appris de façon si intense qu’au retour je me suis effondré physiquement et moralement. J’ai eu une sale grippe pendant une semaine et il m’a fallu trois semaines pour retrouver vaguement le goût de m’approcher de mes travaux scolaires. Ça doit être le prix de la sagesse.

Rubrique 9 : Bay area vocabulary and Awkward Turtle
Les longues heures passées derrière un bouquet de fougères à espionner les Américains dans leur habitat naturel ont finalement porté fruit. Voici quelques traits intéressants des pratiques langagières des jeunes américains d’aujourd’hui. D’abord, un petit lexique du vocabulaire local de la Bay area (le grand San Francisco) et ensuite une petite leçon pour vous apprendre un geste très à la mode. Avec un peu de pratique et beaucoup de chance, vous parviendrez à faire croire à quelqu’un dans un bar que vous venez de Californie, à condition que la musique soit assez forte pour couvrir votre accent.

Petit lexique du vocabulaire de la Bay area
- hella : c’est LE mot local. Extrêmement répandu dans la région. Signifie very. Vient de hell of. Exemple: Gosh, this place is hella far! This movie is hella boring!
- no shit!: are you kidding?
- bomb: awesome
- the city: San Francisco. À proscrire: Frisco, SanFran, SF.
- the town: Oakland
- hell no! : no way!

The Awkward Turtle
Geste très intéressant, plutôt mignon et presque beau. Pour souligner le malaise causé par une situation, l’on place les deux mains l’une par-dessus l’autre, paume vers le bas, doigts serrés et on fait des rotations des pouces tout en reculant les mains vers soi. Le tout est censé représenté une tortue qui rentre se cacher dans son trou dans le sable. On peut aussi accompagner le geste d’un sonore « Awkard! ». Il est conseillé de faire ce geste à l’insu de la personne qui est la cause du malaise. Le geste est très populaire auprès des jeunes (surtout depuis sa sacralisation dans le film Napoleon Dynamite, à ce qu’il paraît) et absolument inconnu pour quiconque au-dessus de 25 ans. Pour une démonstration sur vidéo, tapez awkward turtle sur Youtube. J’ai découvert sur ces vidéos des versions plus avancées, mais elles ne sont vraiment pas aussi répandues que la Awkward Turtle classique.

Rubrique 10: Coups de cœur culturels
Je souhaite simplement partager avec vous deux découvertes culturelles que j’ai faites récemment. Peut-être les connaissez-vous déjà, peut-être que tout le monde les connaît déjà et que je suis encore le seul à tout ignorer de la musique anglophone, auquel cas vous pouvez faire la awkward turtle en lisant ce texte.
- Flight of the Conchords. Un duo néo-zélandais qui fait des chansons humoristiques dans absolument tous les genres de musique. Les paroles sont délirantes, la musique est accrocheuse. Ils ont aussi une émission sur HBO qui raconte leur propre vie en tant que band, tentant désespérément de percer sur la scène new-yorkaise. Deux chansons sont insérées (plus ou moins subtilement) dans chaque émission. Sur Youtube, regardez the Humans are Dead, Business Time et… toutes les autres. C’est Carlos qui m’a initié et je le tiens personnellement responsable du temps absolument excessif que j'ai passé sur Youtube lors des dernières semaines.
- The Dead Milkmen. Un groupe punk-rock américain qui fait des chansons satiriques qui dénoncent les conservateurs et l’Amérique profonde en général. La citation du jour, que vous pourrez utilisez lors de votre prochain débat politique :
They're just right wing pigeons from outer space
Sent here to destroy the human race
They don't give a damn about you or me
They just buy guns and watch TV!

En parlant de conservateurs. Je suis allé avec un ami dans une banlieue conservatrice de San Francisco, par curiosité. Je n'ai pas trouvé les affiches I love Jesus que je cherchais, mais j'ai trouvé cette voiture bariolée de collants plutôt réac. Je transcris, car ce n'est peut-être pas facile à lire.
- Impeach Obama
- If Obama is the answer, it must have been a stupid question

- No Obama. No experience, no presidency

- Beat Obama? Yes we can!

- Liberalism. Abandon the search for truth; settle for a good fantasy

- I support our troops



Photos: Yosemite, où j'ai été avec mes parents. C'était un peu brumeux, mais ça contribuait au charme.




Photos: le brouillard à San Francisco
Le brouillard vu du dessous

Le brouillard vu du dessus


Voilà qui conclut ce troisième et dernier tome de Guillaume chez les Surfeurs. Je vous laisse, maintenant, j'ai un s'more sur le feu.

À peluche!

Guillaume

P.S. On m'a signalé que les commentaires enregistrés sur ce site n'apparaissaient pas. Effectivement, j'ai réalisé que seuls les membres inscrits à blogspot pouvaient laisser des commentaires. J'ai modifié les paramètres et ils sont maintenant ouverts à tous. La démocratie triomphe une fois de plus!