jeudi 7 mai 2009

Guillaume chez les Surfeurs, tome 3

Une méduse de l'aquarium de Monterey

Bonjour groupe!

Alors, les copainges, ça boume? Pouvez-vous croire que nous sommes déjà en mai? Moi, en tout cas, quand je l’ai réalisé, ça m’a fait un choc. Pensez, hier encore, j’avais 23 ans, je caressais des projets de road trip pour mon Spring break et l'horizon scintillait de milles promesses! La Californie était pour moi comme un cahier Canada au premier cours des classes.... si vierge… si ligné… mais déjà si riche des découvertes à venir! Pourtant, aujourd’hui, alors qu’il ne reste que deux semaines à la session, me voilà bien obligé d’admettre que le cahier est barbouillé d’une couverture à l’autre et qu’il sera bientôt temps de le ranger dans un tiroir. Le temps, ce sale traître, a profité d’un moment de distraction de ma part pour filer par la fenêtre des toilettes du restaurant en me laissant l’addition. Les poches vides et le cœur gros, il me faut maintenant regarder vers la suite des choses. Ce faisant, j’ai connu certaines contrariétés. J’avais prévu, voyez-vous, voyager au Mexique avec Geneviève tout le mois de juin, puis poser mon sac en quelque ville et y étudier l’espagnol jusqu’à la fin août. Évidemment, il suffisait que nous achetions les billets d’avion pour que le masque sanitaire devienne la nouvelle grande mode au Mexique. Comme les politiques de remboursement des compagnies aériennes ont la souplesse et la flexibilité d’une poutre de béton armé, nous voici forcés de choisir entre le bain de microbes et la perte pure et simple des billets. La décision n’est pas encore prise, mais, qui sait, le prochain tome de cette saga pourrait bien s’appeler « Guillaume en quarantaine ». Auquel cas je suis certain qu’on ne se bousculerait pas pour me faire la bise à mon retour.

Ceci dit, je suis toujours à San Francisco pour l’instant. Il fait beau (enfin, selon mes critères, car selon une amie australienne, on gèle) et il y a toujours quelque chose d’intéressant à faire plutôt que d’étudier. Malgré cela, l’étude va bien aussi, car les professeurs sont désespérément généreux dans leur correction et j’obtiens des notes telles que je n’en avais pas eu depuis mes cours de morale au secondaire. Des nombreuses aventures qui sont le sel et le poivre sur les patates de mon quotidien, la plus mémorable est évidemment celle du Spring break.

Photos: quelques vues de San Francisco
Vue à partir de la Coit tower (pour une tour, peut-on trouver un nom plus explicitement freudien?). À droite, au fond, le Golden Gate Bridge

Mon quartier, vu de Bernal Heights. Malheureusement, j'ai mal cadré et ma maison est deux centimètres à l'extérieur du cadre.


Rubrique 8: le Spring break
Dès le départ, mes amis et moi décidâmes de profiter du Spring break pour faire un road trip sur la côte californienne. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agissait pas de se complaire dans le mode de vie hédonistique et spirituellement anémique (bronzer sur la plage, avoir des relations sexuelles ou les deux en même temps) dans lequel se perd la fringante jeunesse d’aujourd’hui, mais bien de compléter notre formation académique par un road trip… éducatif! (mais non crédité). Rien que du sérieux! Et nous n’avons pas perdu notre temps. Voici plusieurs des découvertes que nous avons faites lors de ce voyage :

1- louer un camping-car est beaucoup moins cher que de louer une voiture, car on s’évite les frais supplémentaires pour chaque conducteur de moins de 25 ans. En plus, on peut dormir, cuisiner, prendre sa douche et aller à la toilette sans quitter le véhicule. On peut aussi jouer au basket et au badminton, mais ce n’est pas conçu pour ça.

Le grand confort

2- un camping-car pour 6 personnes fait 29 pieds
3- un camping-car de 29 pieds, c’est long en titi. Un peu comme un paquebot, mais sans les cheminées.
Le paquebot

4- un camping-car de 29 pieds a des angles morts de cinq mètres de chaque côté.
5- quand un camping-car de 29 pieds avec des angles morts de cinq mètres de chaque côté veut changer de voie sur l’autoroute, il ne peut que s’élancer en comptant sur le pouvoir d’intimidation inhérent à son statut de véhicule de 6 tonnes. Le plus beau, c’est que ça marche.

Attention nous voilà!

6- pour faire la vidange septique du camping-car, il faut suivre une procédure très précise : ouvrir la valve noire, attendre que les grumeaux aient fini de couler, ouvrir la valve grise, laisse couler le jus moins grumeleux, fermer la valve grise, fermer la valve noire… Des heures de plaisir.

Mes amis et moi en train d'écouter le petit vidéo boboche sur la procédure de la vidange septique avant de louer le camping-car. Vraiment passionant.

7- découverte personnelle : même si on a un permis de conduire, annoncer à ses amis que l’on n’a pas conduit depuis cinq ans est le moyen le plus sûr d’être voté à l’unanimité inapte à conduire.
8- découverte personnelle : la pédale de gauche est celle pour freiner et celle de droite, pour accélérer. Étrangement, l’annonce enthousiaste de cette découverte de ma part au milieu du voyage n’a fait que confirmer mes collègues dans leur conviction que je ne devais conduire sous aucun prétexte.
9- on peut dormir sur l’un des lits du camping-car pendant que celui-ci est en mouvement, mais il faut être conscient que son sommeil dépend de la bonne volonté du conducteur, qui peut d’un coup de volant faire rouler le pauvre loir en bas du lit. Rire garanti.
10- lorsqu’on fait des randonnées sur le bord de la mer à Big Sur, il vaut mieux éviter de se cacher dans les buissons pour tenter de surprendre ses amis, car on pourrait se retrouver avec une tique, un charmant insecte qui suce le sang et dont la tête reste à l’intérieur de sa victime lorsqu’on s’énerve et qu’on arrache le corps. Tout va ensuite pour le mieux, à condition de rester zen par rapport à la présence d’une tête d’insecte dans son corps. Non, ce n’est pas à moi que c’est arrivé, je ne me cache pas dans les buissons.

Si on oublie les tiques, Big Sur est un coin magnifique.

11- Il est décidément très difficile de garer un camping-car en pleine ville. Occuper deux places de stationnement implique de payer deux parcomètres. Ça paraît évident, mais il fallait y penser.
12- Rouler en camping-car dans le traffic à Los Angeles, c’est comme faire du tricot avec des bâtons de baseball : c’est un peu encombrant.

Walk of Fame à Los Angeles

13- Le stationnement d’un Wal Mart est l’un des seuls endroits en ville (avec les épiceries 24/24 comme Safeway) où l’on peut passer gratuitement la nuit dans un camping-car. Essayer de passer la nuit ailleurs en ville, c’est risquer l’intervention de la police.
14- La nuit, le stationnement d’un Wal Mart peut sembler glauque aux premiers abords, mais on réalise bien ite qu’il s’agit en fait d’un immense terrain de jeu désert… avec des chariots d’épicerie à volonté. Il faut faire attention quand on joue avec ces petites bêtes, Elles ont des roulettes, voyez-vous.
15- Il est quelque peu inquiétant de réaliser après coup qu’il y a des caméras dans les stationnements de Wal Mart.
16- Heureusement, il semblerait que personne ne regarde ce que filment les caméras des stationnements de Wal Mart. Ou alors ceux qui les regardent sont vraiment très ouverts d’esprit.
17- On révèle immédiatement sa condition de touriste quand on est le seul sur la plage à se baigner sans wet-suit. Je veux dire, avec un maillot, mais sans wet-suit. Confirmé à Malibu, Venice beach et San Diego.
18- Santa Barbara est une ville très coquette où des oiseaux du paradis (c’est une fleur, pas une métaphore) poussent dans les plates bandes municipales et où les gens sont très tolérants. La plupart des habitants rencontrés ne se formalisaient pas qu’un touriste se promène avec un parapluie fleuri par une magnifique journée ensoleillée, ce qui fait bien plaisir au touriste en question, qui se dit que c’est la dernière fois qu’il joue à vérité/conséquence.

Santa Barbara. On ne voit pas le parapluie, car c'est moi qui prend la photo.

19- C’est chouette d’avoir un nom d’équipe. Mais quand le nom est aussi long que Happy Evil Sailors of the Fellowship of the Flying Dutchman from the Safeway Parking Lot Which Is Most Likely a Wal Mart Parking Lot, c’est difficile à scander.

Que de connaissances! En fait, nous avons appris de façon si intense qu’au retour je me suis effondré physiquement et moralement. J’ai eu une sale grippe pendant une semaine et il m’a fallu trois semaines pour retrouver vaguement le goût de m’approcher de mes travaux scolaires. Ça doit être le prix de la sagesse.

Rubrique 9 : Bay area vocabulary and Awkward Turtle
Les longues heures passées derrière un bouquet de fougères à espionner les Américains dans leur habitat naturel ont finalement porté fruit. Voici quelques traits intéressants des pratiques langagières des jeunes américains d’aujourd’hui. D’abord, un petit lexique du vocabulaire local de la Bay area (le grand San Francisco) et ensuite une petite leçon pour vous apprendre un geste très à la mode. Avec un peu de pratique et beaucoup de chance, vous parviendrez à faire croire à quelqu’un dans un bar que vous venez de Californie, à condition que la musique soit assez forte pour couvrir votre accent.

Petit lexique du vocabulaire de la Bay area
- hella : c’est LE mot local. Extrêmement répandu dans la région. Signifie very. Vient de hell of. Exemple: Gosh, this place is hella far! This movie is hella boring!
- no shit!: are you kidding?
- bomb: awesome
- the city: San Francisco. À proscrire: Frisco, SanFran, SF.
- the town: Oakland
- hell no! : no way!

The Awkward Turtle
Geste très intéressant, plutôt mignon et presque beau. Pour souligner le malaise causé par une situation, l’on place les deux mains l’une par-dessus l’autre, paume vers le bas, doigts serrés et on fait des rotations des pouces tout en reculant les mains vers soi. Le tout est censé représenté une tortue qui rentre se cacher dans son trou dans le sable. On peut aussi accompagner le geste d’un sonore « Awkard! ». Il est conseillé de faire ce geste à l’insu de la personne qui est la cause du malaise. Le geste est très populaire auprès des jeunes (surtout depuis sa sacralisation dans le film Napoleon Dynamite, à ce qu’il paraît) et absolument inconnu pour quiconque au-dessus de 25 ans. Pour une démonstration sur vidéo, tapez awkward turtle sur Youtube. J’ai découvert sur ces vidéos des versions plus avancées, mais elles ne sont vraiment pas aussi répandues que la Awkward Turtle classique.

Rubrique 10: Coups de cœur culturels
Je souhaite simplement partager avec vous deux découvertes culturelles que j’ai faites récemment. Peut-être les connaissez-vous déjà, peut-être que tout le monde les connaît déjà et que je suis encore le seul à tout ignorer de la musique anglophone, auquel cas vous pouvez faire la awkward turtle en lisant ce texte.
- Flight of the Conchords. Un duo néo-zélandais qui fait des chansons humoristiques dans absolument tous les genres de musique. Les paroles sont délirantes, la musique est accrocheuse. Ils ont aussi une émission sur HBO qui raconte leur propre vie en tant que band, tentant désespérément de percer sur la scène new-yorkaise. Deux chansons sont insérées (plus ou moins subtilement) dans chaque émission. Sur Youtube, regardez the Humans are Dead, Business Time et… toutes les autres. C’est Carlos qui m’a initié et je le tiens personnellement responsable du temps absolument excessif que j'ai passé sur Youtube lors des dernières semaines.
- The Dead Milkmen. Un groupe punk-rock américain qui fait des chansons satiriques qui dénoncent les conservateurs et l’Amérique profonde en général. La citation du jour, que vous pourrez utilisez lors de votre prochain débat politique :
They're just right wing pigeons from outer space
Sent here to destroy the human race
They don't give a damn about you or me
They just buy guns and watch TV!

En parlant de conservateurs. Je suis allé avec un ami dans une banlieue conservatrice de San Francisco, par curiosité. Je n'ai pas trouvé les affiches I love Jesus que je cherchais, mais j'ai trouvé cette voiture bariolée de collants plutôt réac. Je transcris, car ce n'est peut-être pas facile à lire.
- Impeach Obama
- If Obama is the answer, it must have been a stupid question

- No Obama. No experience, no presidency

- Beat Obama? Yes we can!

- Liberalism. Abandon the search for truth; settle for a good fantasy

- I support our troops



Photos: Yosemite, où j'ai été avec mes parents. C'était un peu brumeux, mais ça contribuait au charme.




Photos: le brouillard à San Francisco
Le brouillard vu du dessous

Le brouillard vu du dessus


Voilà qui conclut ce troisième et dernier tome de Guillaume chez les Surfeurs. Je vous laisse, maintenant, j'ai un s'more sur le feu.

À peluche!

Guillaume

P.S. On m'a signalé que les commentaires enregistrés sur ce site n'apparaissaient pas. Effectivement, j'ai réalisé que seuls les membres inscrits à blogspot pouvaient laisser des commentaires. J'ai modifié les paramètres et ils sont maintenant ouverts à tous. La démocratie triomphe une fois de plus!